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LECTURE

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1 LECTURE le Mar 26 Fév 2008 - 0:05

jj

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DICTEE




Penchées
Têtes appliquées
Aucune ne se relève
La dictée ne le permet pas

Les enseignements s'ajoutent aux ans
Des mouvements sont ressentis
des actes parfois suivent des sortes de certitude

Insistants attraits : réponse à une dictée
inscrite en chacun, en petit, en tout petit

ça ne les gêne pas d'obéir à une dictée?

Autrefois, dans sa grandeur
L'Immense aux noms sacrés...

Restée seule, menue, tenace
traversant les ans, les rides,
la sourde dictée continue en silence, en silence toujours

les infimes dieux incorporés commandent sans parler



Henri Michaux, Oeuvres complètes III, page 1322

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2 Re: LECTURE le Mar 26 Fév 2008 - 0:20

jj

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Approche (1)





heureux les enfants adoptés
car place leur est faite
dans la parole - l'esprit
du monde
source souveraine
allant belle incertaine
dessiner leur paysage - entre

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3 Re: LECTURE le Mar 26 Fév 2008 - 0:26

jj

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Approche (2)





l'idiome secret, l'occulte architecture, oublieuse
héraldique : je suis l'en parler, incarnant -
figurant! -
un tissu narratif de
filandreuses comètes -
guet-apens de la passe! -
tranchant les ailes d'une
libellule, meunière de
mon quotidien - le
bruit s'enfuit, reste
l'angoisse au repli du ciel - enneigée -
une ronde, blanche bouche, cercle
de sang, scène d'un
meurtre amorti - tombant
là - silencieuse chose :
un rêve à ciel ouvert
comme un futur antérieur

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4 Re: LECTURE le Mar 26 Fév 2008 - 0:32

jj

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Approche (3)





toujours la même
toujours autre
l'homonyme marine
vague après vague - l'âme
de l'harmonie - à portée
d'abysses - théogonie provisoire
cette mer
a coulé quelques rêves :
spirale des constellations
plancton nourrissant
l'absence
de ce qu'aura été
ma présence :
mon fils
mon fils chéri
mon éternel présent
mon éternel amant

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5 Re: LECTURE le Mar 26 Fév 2008 - 0:35

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Approche (4)




il est des lieux
où de l'impossible ne se laissent plus qu'entendre les vocalises
l'orchestral phallus pétrifié
depuis la naissance des temps
d'organiques vibrations
cristaux de syntaxes
changent la durée à veni

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6 Re: LECTURE le Mar 26 Fév 2008 - 0:39

jj

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Approche (5)



j'ai accouché d'un dieu
c'était un matin
le sang de cet impérial castrat
aussi noir
que cette nuit qui me parle et me sépare -
approche mort
tes lèvres sentent le vin
tes lèvres
prononcent les mots
de ceux qui furent
ferment et pourriture
je suis
et je ne sais
si Celle-ci
garde l'entrée ou en empêche la sortie
l'amante me dit
que veux-tu?
ni partir, ni rester
ton désir m'est un joug

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7 Re: LECTURE le Mar 26 Fév 2008 - 0:45

jj

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Approche (6)



conjuguer ta chair
en son appel
rosemarie pourpre marine
extrait à mer ouverte
ellébore du réel.
serment délié - en secret? -
noire transparence
de l'hiver
calice d'un silence lu
au sépale de ta langue
prie-dieu de mon âme.
être nu dans le geste
se désapproprier la peine
dérober la faute
à ton ventre glorieux - conscience! -
et l'épure de ma main
respiration échangée - justice! -
dire solaire
dire d'aimer
aux mots de feu
qui s'échappent
autres sources vers d'autres rives
laissant l'astre de chair
dans sa solitude sidérée - ô désirée.

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8 Re: LECTURE le Mar 26 Fév 2008 - 0:54

jj

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Approche (7)



sur tes lèvres
par-delà d'essaims solaires
et moires oublieuses - oubliées
le phrasé se fendille
le souffle et son frôlement ajoutent
la même chose, prêle si frêle sortilège,
par mes yeux rongés où
une pensée se transporte :
tu m'es anthropophage
et pourtant incarnat désiré.
sur tes lèvres
morte reine de ma question
dieu s'y lit scène
ou styx nocturne
ivre d'un indicible toujours où j'aurai aimé
elle ma nuit
langueur de langueur de splendeur du désir
ça te parle à mon être
lier l'oeil au minuit
en-deça du rien
légèrement et obscurément
comme transparence dévoilée de l'aile bruit
ainsi retourne vers le ciel
une veuve neige qui me suit
brute et douce
ange au-delà du rien.

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9 Re: LECTURE le Mar 26 Fév 2008 - 1:04

jj

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Approche (11)



(...)quand tu parles
(c'est) le ciel (qui) s'ouvre
et je vois ce que tu dis(...)

(...)quand tu pars
(c'est) la nuit (qui) hurle
et j'attends ce que tu m'en diras
du sourire de l'ange.



JJ

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10 Re: LECTURE le Mar 26 Fév 2008 - 17:23

jj

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tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers
ma danse carrée des quatre coins d'horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d'abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j'ai du chiendent d'achignan plein l'âme
tu es belle de tout l'avenir épargné
d'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre
ouvre-moi tes bras que j'entre au port
et mon corps d'amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta palinte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination(...)



in "La marche à l'amour", Gaston Miron, poète et éditeur québecois, 1928-1996.

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11 Re: LECTURE le Ven 29 Fév 2008 - 0:02

jj

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Adieu la vérité.


"Ils ont vu, et leur regard, définitevement, a été modifié. Le cours de leur vie, fleuve sortant de son lit sous la violence d'un séisme, ne retrouvera plus les vallées d'autrefois. Un instant qui courbe l'histoire. Jamais plus. Désormais, la nouveauté."(...)

(...)Ils disent qu'ils ont un message à transmettre et qu'il faut se préparer à le recevoir. Jamais assez purs pour entrer dans leur vision, la partager, faire le même chemin, passer par les mêmes voies escarpées. Ils veulent faire de tous des mêmes, parce que leur vision est pour tous. Se faire happer par leur inspiration, se laisser pousser par le souffle venu des lointains, être pris par le courant, comme eux, avec eux, ne pas résister à ces forces. Vers le haut. Plus solitaire est leur expérience, et plus innombrables leurs disciples.(...)
L'infini de croire en celui qui a vu, dont la certitude est sans faille, qui ne laisse pas le moindre espace, le plus petit interstice, le moindre défaut où puisse s'introduire quelque doute. Plus de vacillement, nulle flamme qui hésite, nul son qui vienne troubler l'harmonie. La perfection. Comment ne pas se laisser emporter? C'est la négation même dont ils sont venus à bout, s'installant pour toujrs dans le rien du monde, habitant le vide pour l'acclimater et pour qu'il ne revienne pas ébranler à l'improviste les murailles de la ville reconstruite. L'abîme comblé par leur soin, la foule peut en parcourir les chemins.(...)

(...)Monstres que vous êtes avec vos ouragans absolus(...)

(...)Vous savez bien que tout discours est incertain et que l'on ne sait jamais d'où et quand viendra la révélation de cette incertitude, c'est pourquoi vous avez voulu dès l'abord prendre en compte l'incertitude radicale, de telle sorte que plus rien par la suite ne puisse vous étonner. Quand on fait sa terre de l'abîme et du néant, de l'absence ou du vide, la multitude de nouvelles apparences ne saurait troubler.(...)

(...)Votre édifice est sans autre fondement que la cécité engendrée par la trop grande clarté du rien. Vous chantez l'extrémité et l'absence, et que tout est cendre et déchet. Vous adorrez l'horreur qui vous fascine et vous recouvrez tout cela du grand mot de vérité. Ainsi vous liez les mains et les têtes, vous n'avez de cesse qu'ils s'autodétruisent dans la passion du mépris, de l'abandon, de l'infinie négligence de toutes les formes de vie.(...)Vous ne connaissez que ce que vous pouvez broyer entre vos mains, jamais ce qu'il faut doucement approcher, effleurer, carresser, reconnaître main à main, doigt à doigt, point par point. Vous abolissez sans même le savoir toute possibilité de découverte, d'invention, de renouvellement. Tout est donné pour vous, puisque déjà tout est détruit Il n'y a plus rien qui pousse et qui serait susceptible de renverser votre vérité sinistre, votre désabusement devenu le principe premier de l'univers. Ceux qui ne se laissent pas séduire par votre terre dévastée, qui ne se précipitent pas dans l'incendie que vous avez allumé, qui ne marchent pas enthousiastes, inspirés, ravis, vers le cimetière grandiose que vous leur offrez, vous les traitez de pleutres et de divertis, de gens qui ne savent rien de la flamme et de l'eau, parcequ'ils ne se préparent pas dans l'allégresse à être consumés ou engloutis.(...)

(...)Laissez-nous un espace pour rire et danser, laissez-nous gambader n'importe où et nous perdre, trébucher sur un tronc coupé et tomber notre long, pas une fois, mais dix, mais cent, refaire les mêmes erreurs, sans profit, sans regret, parce que les illusions nous amusent.(...)On peut en pleurer de rage, si l'on s'obstine à vouloir jouer au maître qui domine, au voyant aveugle qui surplombe l'univers et ses remous, on peut aussi en rire et sauter çà et là comme sur les pierres d'un torrent que l'on traverse et ne pas trop s'émouvoir de gliser encore une fois. A quoi bon surimposer un sens et un but, comme s'il n'y en avait pas une multitude et qui changent, mais que nous ne connaissons que parce que nous nous persuadons de les connaître. Pas plus que les fleuves qui vont pourtant quelque part, nous ne soupçonnons ce qui adviendra, et ce peut être la plus grande banalité, le plus commun oubli. Rire de nos certitudes, rire de nos croyances, de nos amours et plus encore de nos haines les mieux chevillées. Rien n'est plus durable que les odeurs furtives qui montent de la terre, celle de l'herbe coupée, celle de la pluie qui s'achève, celle des feuilles froissées dans les mains, celles qui s'entrecroisent dans les chemins où l'on court."



François ROUSTANG, né en 1923, philosophe, docteur en théologie, ancien jésuite, psychanalyste. Extraits de "Adieu la vérité".

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12 Re: LECTURE le Ven 29 Fév 2008 - 1:21

jeozhou


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CALIGULA : C'est une vérité toute simple et toute claire, un peu bête, mais difficile à découvrir et lourde à porter.

HELICON : Et qu'est ce donc que cette vérité Caïus ?

CALIGULA : Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux.

HELICON: Allons, Caïus, c'est une vérité dont on s'arrange très bien. Regarde autour de toi. Ce n'est pas ce qui les empêche de déjeuner.

CALIGILA : Alors, c'est que tout, autour de moi, est mensonge, et moi, je veux qu'on vive dans la vérité !

Albert Camus "Caligula"

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13 LECTURE le Mar 4 Mar 2008 - 2:18

jj

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rappelle-toi barbara
il pleuvait sans cesse sur brest ce jour-là
et tu marchais souriante
épanouie ravie ruisselante
sous la pluie
rappelle-toi barbara
il pleuvait sans cesse sur brest
et je t'ai croisée rue de siam
tu souriais
et mo je souriais de même
rappelle-toi barbara
toit que je ne connaissais pas
toi qui ne me connaissais pas
rappelle-toi
rappelle-toi quand même ce jour-là
n'oublie pas
un homme sous un porche s'abritait
et il a crié ton nom
barbara
et tu as couru vers lui sous la pluie
ruisselante ravie épanouie
et tu t'es jetée dans ses bras
rappelle-toi celà barbara
et ne m'en veux pas si je te tutoie
je dis tu à tous ceux que j'aime
même si je ne les ai vus qu'une seule fois
je dis tu à tous ceux qui s'aiment
même si je ne les connais pas
rappelle-toi barbara
n'oublie pas
cette pluie sage et heureuse
sur ton visage heureux
sur cette ville heureuse
cette pluie sur la mer
sur l'arsenal
sur le bateau d'ouessant
oh barbara
quelle connerie la guerre
qu'es-tu devenue maintenant
sous cette pluie de fer
de feu d'acier de sang
et celui qui te serrait dans ses bras
amoureusement
est-il mort disparu ou bien encore vivant
oh barbara
il pleut sans cesse sur brest
comme il pleuvait avant
mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
c'est une pluie de deuil terrible et désolée
ce n'est même plus l'orage
de fer d'acier de sang
tout simplement des nuages
qui crèvent comme des chiens
des chiens qui disparaissent
au fil de l'eau sur brest
et vont pourrir au loin
au loin très loin de brest
dont il ne reste rien



Jacques Prévert,1900-1977, in Paroles

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14 Re: LECTURE le Mar 4 Mar 2008 - 2:26

jj

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LE POIDS VIVANT DE LA PAROLE



On peut écrire, et l'on écrit;
On peut se taire, et l'on se tait.
Mais pour savoir que le silence
Est la grande et unique clef,
Il faut percer tous les symboles,
Dévorer les images,
Ecouter pour ne pas entendre,
Subir jusqu'à la mort
Comme un écrasement
Le poids vivant de la parole.




Armel GUERNE,1911-1980

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15 Re: LECTURE le Mar 4 Mar 2008 - 2:40

jj

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Alors une femme qui tenait un nouveau-né contre son sein dit: "parle-nous des enfants".
Et il répondit:

Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de la Vie qui a soif de vivre encore et encore.
Ils voient le jour à travers vous mais non pas à partir de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais non leurs âmes.
Car leurs âmes habitent la demeure de demain que vous ne pouvez visiter même dans vos rêves.
Vous pouvez vous évertuer à leur ressembler, mais ne tentez pas de les rendre semblables à vous.
Car la vie ne va pas en arrière ni ne s'attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par lesquels sont projetés vos enfants comme des flèches vivantes.
L'Archer prend pour ligne de mire le chemin de l'infini et vous tend de toute Sa puissance pour que Ses flèches s'élancent avec vélocité et à perte de vue.
Et lorsque Sa main vous ploie, que ce soit alors pour la plus grande joie.
Car de même qu'Il aime la flèche qui fend l'air, Il aime l'arc qui ne tremble pas.



Khalil GIBRAN, 1883-1931, in Le Prophète

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16 Re: LECTURE le Mar 4 Mar 2008 - 3:02

jj

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Et puis vinrent les neiges, les premières neiges de l'absence, sur les grands lés tissés du songe et du réel; et toute peine remise aux hommes de mémoire, il y eut une fraîcheur de linges à nos tempes. Et ce fut au matin, sous le sel gris de l'aube, un peu avant la sixième heure, comme en un havre de fortune, un lieu de grâce et de merci où licencier l'essaim des grandes odes du silence.

Et toute la nuit, à notre insu, sous ce haut fait de plume, portant très haut vestige et charge d'âmes, les hautes villes de pierre ponce forées d'insectes lumineux n'avaient cessé de croître et d'exceller, dans l'oubli de leur poids. Et ceux-là seuls en surent quelque chose, dont la mémoire est incertaine et le récit est aberrant. La part que prit l'esprit à ces choses insignes, nous l'ignorons.

Nul n'a surpris, nul n'a connu, au plus au front de pierre, le premier affleurement de cette heure soyeuse, le premier attochement de cette chose fragile et très futile, , comme un frôlement de cils. Sur les revêtements de bronze et sur les élancements d'acier chromé, sur les moellons de sourde porcelaine et sur les tuiles de gros verre, sur la fusée de marbre noir et sur l'éperon de métal blanc, nul n'a surpris, nul n'a terni

cette buée d'un souffle à sa naissance, comme la première transe d'une lame mise à nu...Il neigeait, et voici, nous en dirons merveilles: l'aube muette dans sa plume, comme une grande chouette fabuleuse en proie aux souffles de l'esprit, enflait son corps de dahlia blanc. Et de tous les côtés il nous était prodige et fête. Et le salut soit sur la face des terrasses, où l'Architecte, l'autre été, nous a montré des oeufs d'engoulevent!



Saint-John PERSE, 1887-1975, in Neiges.

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17 Re: LECTURE le Mar 4 Mar 2008 - 3:10

jj

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la surface d'un automne
est inversement proportionnelle à la hauteur de sa tristesse
le nuage interrogé multiplie sans difficulté le basilic par le safran.

répète après moi :
la distance entre deux pluis se mesure par arpents de silence
et le périmètre d'un mois est divisible par son rayon de lune.
cela va de soi.



lorsqu'un arbre pleure toute sa sève
qu'il se frappe l'aubier pour exprimer sa douleur
qu'il se traîne à genoux autour de son corce
il faur lui parler le langage d'avril
lui dir l'automne n'est qu'une invention.



Vénus KHOURY-GHATA, née en 1937 au Liban.

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18 Re: LECTURE le Mar 4 Mar 2008 - 14:29

jj

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"Résister"...Le mot fut gravé dans la pierre par Marie Dunand, cette protestante ardéchoise qui, par fidélité à sa foi réformée, resta enfermée trente-huit ans, avec d'aures prisonnières, dans la Tour de Constance d'Aigues-Mortes. Comme tant d'autres sous d'autres cieux, elle n'opposa pas à l'agression une contre-violence symétrique mais ouvrit une troisième voie : une résistance granitique, une volonté inébranlable de rester fidèle à elle-même, quelles que soient les conséquences, car cela lui importait plus que la vie. On le voit, le regard est orienté autrement. Au lieu de chercher les moyens de contrer autrui, de le maîtriser, voire de l'éliminer, on se concentre entièrement sur qui l'on est : QU'EST-CE QUI, EN MOI, DOIT ETRE SAUVE A TOUT PRIX POUR QUE MA VIE SOIT ENVISAGEABLE? A quoi ne serai-je jamais, et sous aucun prétexte, prêt-e à renoncer? Comment faire mieux connaissance, en moi, avec ce "moi je suis" qui ne se laissera jamais réduire au silence?.............................



Ainsi commence le livre : "Sainte Colère", de Lytta Basset, pasteure et professeure de théologie aux éditions Bayard.

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19 Re: LECTURE le Mar 4 Mar 2008 - 14:37

marie ange


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le dernier texte est trés beau

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20 Re: LECTURE le Mar 4 Mar 2008 - 14:52

oiseaubleu

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Le Capitaine remontait lentement, entre le haute fontaines de neige des obus français, le névé sous le Col de la Seigne, pour rejoindre le Bataillon Edolo qui défilait déjà le long du bord de la Combe Noire : quand, ayant franchi la crête (un arc léger, ce Col de la Seignz, tendu entre les Pyramides des Calcairs, qui forment l'arête sud-orientale du Mont-Blanc, et la scie noire du Mont Léchaud), dans cette éblouissante solitude, ce silence profond qu'éraflait le sifflement des gros projectiles de 155, apparut soudain devant lui un banc. Un banc de jardin public, peint en vert, le siège et le dossier en bois, les pieds de fer recoubés, terminés en forme de patte de chien. Un vrai banc : solitaire, paresseux, mélancolique. De ces bancs qui, patients et sans espoir, attendent à l'omnbre d'un platane, sur la petite place de tous les bourgs et villages de France.(La France commence justelent là, justement sur le Col de la Seigne). Un platane seulement, un réverbère, un pan coupé de mur avec la sentance Défense d'afficher suffiraient peut-être pour faire de ce banc (là-haut, à 3000 mètres sur le Mont Blanc, parmi les éclatements jaunes et rouges des obus) le témoin d'une civilisation provinciale fatiguée, le signe précis d'un ordre ancien et noble. Et c'était seulement une invitation au repos, une réponse secrète, la confirmation inattendue d'un "non" déjà prononcé mille fois dans l'intimité de soi.


(Un objet ironique, dans ce paysage triste et solennel. Une bête aux aguets. Un sphinx peint
en vert, à pattes de chien. Un piège, une embûche tendue à sa fatigue. Un spectre en forme de banc).
(.....)




Curzio MALAPARTE, début de "Le soleil est aveugle".

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21 Re: LECTURE le Mar 4 Mar 2008 - 15:09

Francoli


Envoyé spécial
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Nous avions aussi, tout près de nous, le grand Lanza del Vasto, l'initiateur de la communaité de l'Arche, à la Borie Noble, près du Bousquet d'Orb, qui, lorsqu'il parlait de non-violence, savait ce qu'il disait, après avoir connu Gandhi....et fait ses actions sur le Larzac des années 70. Tous ces penseurs ont le même objectif, tout en prenant des chemins légèrement différents.

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22 Re: LECTURE le Mar 4 Mar 2008 - 17:08

oiseaubleu

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Solitude, pour nous vivants, pleins de sève, tu es, épreuve insolite dêtre sans savoir, qui nous fait languir d'un visage en qui nous connaître, avec qui nous reconnaître et découvrir par-delà nos dissemblances et nos différences, par-delà nos séparations dans le temps et l'espace, la joie de la communication, l'ardeur d'un vivre qui, dans chacun de nos corps, à ses besoins, à ses limites réduit, est à sa déresse confiné.
Qu'en sera-t-il, solitude ennemie, quand sans plus pouvoir te fuir, notre sève ralentie, prête à se figer, et le vivre avec ce corps épuisé, viendra l'heure de notre mort? Seras-tu le gouffre, le néant qui nous guettait vivants et qui nous engloutira?
Solitude et Communication, qui alternez tout le long de la présence sur terre du phénomène humain, que serez-vous quand s'achèvera notre appartenance au temps, que plus rien en nous du désir renouvelé ne quêtera ni avoir, ni échanges, ni faire, ni penser, ni dire possible; quand asistés nous serons, peut-être, sans plus les entendre ni les voir, par nos proches, confrontés par nous au mystère d'un destin qui s'achève, d'un regard qui d'éteind?
Solitude de l'agonie, au moment venu de la séparation dernière de ce corps toujours connu et reconnu mien au sortir des sommeils, quand quitus j'aurai donné à ce cadavre, qui de moi, je ou lui, sera chose tienne?
Comme à l'heure de notre naissance, nous avons aux entrailles de notre mère parturiente laissé notre délivre en poussant notre premier cri pour sa joie, conjointe à celle de notre père - les premiers pour qui avait signifiance de communication notre premier cri - n'est-ce pas aussi une enveloppe qu'alors nous saurons ce corps avoir été quand, à l'heure de notre mort, avec le dernier souffle,nous le laisserons aux derniers battements de son viscère coeur? Ce coeur, honneur lui soit rendu, inlassable et courageux, jusqu'à la fin notre allié, et qui, délivré de sa charge, ne sera plus nôtre.
La terre, pleine de vie briussante, donnera place à ce corps laisé en sépulture uù d'autres l'auront confié. La terre où l'on précédé notre placenta et toutes choses qu'à elle prises nous lui avons au long de notre vie rendues. Celles, faites de ses éléments, que nous avons crues nôtres, celles que de nos mains nous avons façonnées, gardées, troquées ou données, celles que des mains des autres nous avons reçues, utilisées, aimées, toutes ces choses resteront après nous pour l'indifférebce, l'usage ou le plaisir des autres jusqu'à leur destruction chacune en son temps venu.
C'est en vain, Solitude, que tu t'appliqueras à garder pour toi la chose à toi laissée, ce cadavre qui tout à l'heure corps encore vivant nous défendait de toi, moi intriqué à ce je qui au souffle du seulesprit n'osais encore prétendre; mais dans la paix des cimetières il te sera dérobé. La vie d'autre créature, de celles qui ne te craignent pas, toutes à leur besogne, vie dans sa multiforme manducance, aux entrailles de la terre, dissoudra juqu'à l'apparenece de corps à ce cadavre, et c'est en poussière que ses os finiront, échappant à être chose.
Sloitude et Communication, crédibles et fallacieuses magies dans voire alternance à nos corps mortels, l'êtes-vous pour notre dérision ou pour notre initiation à toutes deux vous dépasser?
Solitude insolite, séduisante et redoutable selon les jours, tu es dévitalisante ou stimulante pour notre désir qui découvrait son génie, tour à tour en son passif et en son actif ardent, en son féminin ou en son masculin. Désir ainsi soutenu à découvrir ses aptitudes par-delà les séparations, les deuils et l'abandon des autres, soit à se réfugier dans le bienfaisant sommeil (lui-même repos ou communication avec l'invisible), soit à découvrir la communication avec la nature tout entière dans la paix du coeur ou la méditation, ou avec les humains présents ou absents, disparus et à venir, par la compréhension du sens de leurs langages et par-delà le temps et l'espace des oeuvres qui transmettent leur message
Slitude, parfois piège à nos viscères et à botre chair, communication, piège à notre désir acculé à son contraire, toutes deux sources de joie et de douleurs, vos masques tomberont-ils en nous délivrant, notre agonie passée, le sens véritable de notre existence sur terre, au moment où nous quitterons ce qui conjoignait espace et temps à l'alternante clarté de notre soleil, à notre ambiguë appartenance aux apparences?
Ce sens, c'est lui que nous cherchons dans la solitude et dans la communication, le pistant tout au long de notre plus ou moins long et plus ou moins difficile chemin que notre vivre à chacun nous fait tracer. Ce sens inconnaissable de notre humble nécessité parmi les créatures animées ou inanimées (peut-être avant nous, hasardeuses manifestations), ce sens parfois nous l'avons pressenti en nos instants de grâce, quand tout ayant place et ordre, nous l'avons soudainement, indubitablement aperçu l'instant d'un éclair dans nous ne savons quelle lucidité.(....)


Françoise DOLTO, "La mort:clameurs et chuchotements", in "Solitude".

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23 Re: LECTURE le Ven 7 Mar 2008 - 11:49

jj

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Nous autres, décadents,
avons les nerfs fragiles.
Tout ou presque nous blesse,
et le reste n'est qu'une cause d'irritation probable,
par quoi nous prévenons que jamais on ne nous touche.
Nous supportons des doses de vérité de plus en plus réduites,
presque nanométriques à présent,
et préférons à cela de longues rasades de contre-poison.
Des images de bonheur, des sensations pleines et bien connues, des mots doux, des surfaces lissées, des sentoments familiers et des intérieurs intérieurs, bref de la narcose au kilo et surtout :
pas de guerre,
surtout,
pas de guerre.

Pour ce qui est exprimable, tout ce conteste amniotique-assurantiel se réduit au désir d'une anthropologie positive.
Nous avons besoin que l'ON nous dise ce que c'est,
"un homme", ce que "nous" sommes, ce qu'il nous est permis de vouloir et d'être.
C'est une époque finalement fanatique sur bien des points
et plus particulièrement sur cette histoire de l'HOMME,
en quoi l'ON sublime l'évidence du Bloom.
L'anthropologie positive, telle qu'elle domine, ne l'est pas
seulement en vertu d'une conception irénique,
un peu niaise
et gentiment catho,
de la nature humaine,
elle est d'abord positive en ce qu'elle prête positivement
à l'"HOMME" des qualités, des attributs déterminés, des prédicats sustantiels. C'est pourquoi même l'anthropologie
pessimiste des anglo-saxons, avec son hypostase des inrérêts,
des besoins, du struggle for life, rentre dans le projet
de nous rassurer,
car elle fournit encore quelques convictions pratiquables
sur l'essence de l'homme.

Mais nous,
nous qui ne voulons nous accommoder d'aucune sorte de confort,
qui avons certes les nerfs fragiles,
mais aussi le projet
de les rendre toujours plus résistants,
toujours plus inaltérés,
à nous, il faut tout autre chose.
Il nous faut une anthropologie radicalement négative, il nous faut quelques abstractions suffisamment vides, suffisamment transparentes pour nous interdire de préjuger de rien,
une physique qui réserve à chaque être et à chaque situation sa disposition au miracle.
Des concepts brise-glaces pour accéder,
donner lieu
à l'expérience.
Pour s'en faire les réceptacles.
Des hommes, c'est-à-dire de leur co-existence, nous ne pouvons rien dire qui ne nous serve ostensiblement
de tranquillisants.
L'impossibilité de rien augurer de cette implacable liberté
nous porte à la désigner selon un terme non-défini,
un mot aveugle, par quoi l'ON a coutume de nommer
ce à quoi l'ON ne comprend rien,
parce que l'ON ne veut pas comprendre,
comprendre
que le monde nous requiert.
Ce vocable est celui de guerre civile.
L'option est tactique;
il s'agit de se répproprier préventivement ce dont
nos opérations
seront nécessairement couvertes.








"Introduction à la guerre civile", TIQQUN, fraction consciente du parti imaginaire.

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24 Re: LECTURE le Sam 8 Mar 2008 - 11:17

jj

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http://topologie.logotopie.free.fr/spip.php?breve1

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25 Re: LECTURE le Lun 10 Mar 2008 - 7:02

jj

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Lundi 10 Mars, 4h45.
Je me réveille avec cette pensée entre rêve et réalité : ce qui me touche, en toi, c'est cet intouchable - à jamais - cet intervalle, cet écart toujours fuyant.
A développer.

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